Il existe deux choses qui m’exaspèrent profondément en ce monde : les grosses chaleurs estivales, et les personnes se plaignant de la météo. Alors qu’en cette fin de juin nous frôlons les 40° C pour mon plus grand désespoir, je me trouve du même coup face à ma terrible destinée : souffrir en silence, pour continuer, en hiver, de me plaindre de ceux qui se plaignent.
Ma nouvelle raison de vivre est donc devenue la recherche de la fraîcheur, et rien ne m’évoque mieux cette sensation qu’une odalisque alanguie, curieusement. Le pied reposant nonchalamment dans un bassin d’eau florale, le corps nu contre le marbre frais, une coupe de sorbet où je plongerais le doigt… Si le fantasme du harem m’a toujours violemment hérissé le poil (le vieux souverain qui vient faire son choix parmi ses choses pour se sentir puissant, merci bien), celui de l’opulente salle d’eau à l’orientale, lui, a depuis longtemps fait son chemin dans mon esprit. Je me dis depuis des années que lorsque je serai riche à millions, je me réserverai une pièce dans mon manoir (oui) qui serait entièrement faite de marbre, avec des colonnes imitant les temples antiques, des mosaïques d’or qui reproduiraient mes passages favoris du Cantique des cantiques, des orchidées, du jasmin, des pivoines, de l’eau de fleur d’oranger, des livres et une harpe.
Pour le moment, je ressemble pas mal à ceci… espérant un jour ressembler à cela.
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Georg Pauli ~ Le Bain romain, Odalisque (1881)
Guillaume Seignac ~ Indolence
William Clarke Wontner ~ La Danseuse (1903)
?
John William Godward ~ Dolce Farniente (1904) – j’avais oublié les nénuphars…
(Je suis presque persuadée d’avoir déjà appelé un billet ainsi, mais qu’importe.)
Hier dimanche, je m’en fus visiter pour la première fois la roseraie du Val-de-Marne, désireuse d’attendre le joli mois de juin (si) pour observer les roses dans leur plus belle floraison.
Champagne Champêtre !
Quelques roses Jéricho.
Abeilles et bourdons extatiques vrombissaient de toutes parts, comme fous, entre ces fleurs joliment offertes.
Roses Botticelli, récente création de 2004, et rares roses modernes à trouver grâce à mes yeux.
Cette belle balade m’aura permis de découvrir plusieurs choses. Tout d’abord, que je préfère amplement les buissons de fleurs modestes, réunies en farouches grappes, que les roses exubérantes de taille démesurée. Les espèces dites « rugueuses » m’ont particulièrement plu, couvertes d’épines tout le long de leurs branches : la fleur ne se laisse pas cueillir aisément, elle se mérite (non mais !)…
… mais aussi qu’une rose qui vient tout juste de dépasser les quelques jours où elle se trouvait au comble de sa beauté possède des charmes qui me troublent beaucoup. Sublime lutte entre le froissement velouté des pétales jeunes et vivaces, et la soie affaiblie de ceux qui ont déjà offert au monde tout l’éclat de leur fragilité !
Les Bagatelles portaient, ma foi, parfaitement leur nom.
Et la nature me semble ici bien proche de la perfection.
Des roses Donau.
Le sujet m’enflamme, je me contiens. Ces roses ternies m’évoquent tant de rêveries.
Mon coup de cœur va aux Fragezeichen, pas seulement pour le nom germanique (pas seulement), surtout pour leurs nuances si particulières, à mi-chemin entre le bonbon et la baie toxique. Bicolores, mouchetées, odorantes, adorablement pernicieuses.
Si un jour j’en ai le courage, j’en ferai pousser par dizaines, et je noierai le visiteur dans leurs effluves.
Bref, on ne parle jamais assez de fleurs, et j’aime à faire mentir Ronsard…
…alors j’ai déposé de belles et vieilles fleurs aux pieds d’une sculpturale nymphe, et je m’abandonne à présent aux caprices du temps qui passe.
Voici une série que j’aurai mis bien du temps à poster, sans doute parce qu’elle se suffisait si bien à elle-même que je ne parvenais plus à trouver les mots pour la présenter. Lorsque je fis voir cette superbe robe Linda Friesen/4 O'Clock à Alexandra Banti, elle me montra tout de suite des photographies de Sarah Moon, pour leur ambiance un peu passée, presque salie, parfois même floue, et nous voulûmes nous en inspirer pour notre cage aux oiseaux.
« Loin de moi et semblable aux étoiles et à tous les accessoires de la mythologie poétique,
Loin de moi et cependant présente à ton insu,
Loin de moi et plus silencieuse encore parce que je t’imagine sans cesse,
Loin de moi, mon joli mirage et mon rêve éternel, tu ne peux pas savoir.
Si tu savais.
Loin de moi et peut-être davantage encore de m’ignorer et m’ignorer encore.
Loin de moi parce que tu ne m’aimes pas sans doute ou, ce qui revient au même, que j’en doute.
Loin de moi parce que tu ignores sciemment mes désirs passionnés
Loin de moi parce que tu es cruelle.
Si tu savais.
Loin de moi, ô joyeuse comme la fleur qui danse dans la
rivière au bout de sa tige aquatique, ô triste comme sept heures du soir
dans les champignonnières.
Loin de moi silencieuse encore ainsi qu’en ma présence et joyeuse encore comme l’heure en forme de cigogne qui tombe de haut.
Loin de moi à l’instant où chantent les alambics,
l'instant où la mer silencieuse et bruyante se replie sur les oreillers
blancs.
Si tu savais.
Loin de moi, ô mon présent tourment, loin de moi au bruit magnifique des coquilles d’huîtres qui se brisent sous le pas du noctambule, au petit jour, quand il passe devant la porte des restaurants.
Si tu savais.
Loin de moi, volontaire et matériel mirage.
Loin de moi, c’est une île qui se détourne au passage des navires.
Loin de moi un calme troupeau de bœufs se trompe de chemin, s’arrête obstinément au bord d’un profond précipice, loin de moi, ô cruelle.
Loin de moi, une étoile filante choit dans la bouteille nocturne du poète. Il met vivement le bouchon et dès lors il guette l’étoile enclose dans le verre, il guette les constellations qui naissent sur les parois, loin de moi, tu es loin de moi.
Si tu savais.
Loin de moi une maison achève d’être construite.
Un maçon en blouse blanche au sommet de l’échafaudage chante une petite chanson très triste et, soudain, dans le récipient empli de mortier apparaît le futur de la maison : les baisers des amants et les suicides à deux et la nudité dans les chambres des belles inconnues et leurs rêves à minuit, et les secrets voluptueux surpris par les lames de parquet.
Loin de moi,
Si tu savais.
Si tu savais comme je t’aime et, bien que tu ne m’aimes pas, comme je suis joyeux, comme je suis robuste et fier de sortir avec ton image en tête, de sortir de l’univers.
Comme je suis joyeux à en mourir.
Si tu savais comme le monde m’est soumis.
Et toi, belle insoumise aussi, comme tu es ma prisonnière.
Mon plaisir à parler de jeunes marques indépendantes qui me plaisent me semble grandissant, surtout lorsque ce sont deux chères amies qui se cachent derrière un bien joli logo.
Crescent est née de l’imagination et du talent de Rehem et Clafoutea, deux lolitas dont les inspirations s’enracinent aussi bien dans la J-fashion que dans l’art européen, plus particulièrement l’Art Nouveau et le Symbolisme.
Les demoiselles jouent ainsi, pour leurs deux premières collections, avec les fleurs, les étoiles et le bizarre – ce qui n’est pas du tout dans mes goûts. Du tout.
Premiers aperçus de la collection-capsule céleste : je suis vendue.
Des fleurs et des yeux : vendue, à nouveau.
Ce petit collectif plus que prometteur débutera la vente de ses créations lors de la prochaine Japan Expo, et à mes yeux il vaut bien quelques heures de queue et un peu de foule : voilà à quel point je suis conquise.
Pour un peu plus d’informations venant des créatrices, et d’autres photos :
Ces derniers jours, je passe mon temps en compagnie de quelques lubies.
(J’en blâme Nicolai, à tort ou à raison.)
Malheureusement, on ne fait pas toujours ce que l’on veut dans la vie.
Heureusement, mon anniversaire approche.
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Si je devais lancer mes caprices au ciel en espérant que la Fortune les recueille, je me demande bien si j’en sortirai chanceuse. Mes souhaits sont décousus, erratiques.
Disons que, par exemple, j’aimerais passer cette date fatidique perdue sur une île du Pacifique, la chevelure lourde de tubéreuses encore inconnues, à marcher sur une plage de sable noir… croiser une ombre qui m’indiquerait une route invisible, camouflée par des herbes gigantesques, au bout de laquelle je trouverai une noix de coco fendue, emplie d’un thé millénaire dont on ne peut boire qu’une gorgée sous peine de devenir fou.
(Je ne sais si je serais capable d’obéir.)
Et, pour mes 25 ans, j’aimerais que l’on m’emmène sous une cascade d’eau de rose qui transforme chaque cicatrice en pétale d’or, et chaque veine du corps en améthyste.
Bref, mon quart de siècle serait délicieux si je pouvais m’extraire, pour un jour ou à jamais, de ce qui empoisonne l’homme contemporain. Je produis des dizaines de ces rêveries par jours, qui ne servent à rien, qui s’évanouissent dans le tombeau des idées, et, pour me punir d’espérer, l’existence m’écrase.
« Loin de moi, ô joyeuse comme la fleur qui danse dans la rivière au bout de sa tige aquatique, ô triste comme sept heures du soir dans les champignonnières. » (Desnos.)
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Si je devais être réaliste (tu parles), je me contenterais d’une pièce saturée des vapeurs du matcha ou du basilic, un parfum frais mais obsédant, avec des livres, des centaines de livres, des livres sur tout, déposés là par hasard ; planches entomologiques, gravures religieuses, poésie obscène, romans sentimentaux, récits de guerre et d’aventure, manuels de linguistique et philosophie occulte ; et j’aurais le droit de conserver éternellement tous ceux qui provoqueraient chez moi un sourire d’extase.
Au centre, une méridienne recouverte de soie pourpre, pour lire tranquillement ; contre ma peau une robe de velours, à la traîne démesurée, et un couple de lucanes ébène jouerait dans mes cheveux.
Des litres de thé dans des samovars rutilants, et pour seule musique celle d’une fontaine où nageraient quelques carpes, et d’où émergeraient quelques lunes d’eau.
Ah… !
Mais à dire vrai, l’opulence ne me tente pas réellement. Elle est une simple façon de voyager. Comme la solitude.
« Loin de moi, une étoile filante choit dans la bouteille nocturne du
poète. Il met vivement le bouchon et dès lors il guette l’étoile
enclose dans le verre, il guette les constellations qui naissent sur les
parois, loin de moi, tu es loin de moi. » (Desnos, toujours.)
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Dès lors, s’il me faut vivre dans ce monde où la matière s’est imposée en maîtresse absolue, je dompte le mal en allégeant ma bourse. Je me suis gâtée, pour mes 25 ans. Peut-être trop ; un quart de siècle est-il vraiment l’occasion de célébrer le gâchis ? Folie du cycle des incarnations, vite ! que j’apprenne ma leçon, et que je m’enfuie.
Avec de belles nouvelles chaussures aux pieds. Merci Jeffrey Campbell. Remercions aussi Atelier BOZ, Juliette et Justine, Moi même Moitié, et quelques inconnus sur Etsy. Alice Auaa attendra encore un peu ; je ne suis pas Crésus, non plus.
Mais que connaissent ces gens de la folie ? La terre est
tendre pour les jeunes âmes qui s’éveillent. Elle tend ses bras noueux où
poussent la grâce et les fleurs, ouvre un monde où peuvent
s’endormir les esprits fatigués. Je tisse ma couronne de mauvaises
herbes, monarque d’un empire flottant où ma présence même est un songe.
Là, nul homme pour humilier mon amour et ma raison, mais le repos des
simples. Les vivants n’oseront suivre des yeux mon cortège, et pourtant… ! Qu’ils admireraient la statue modelée par le fleuve ! L’eau m’a prise, et a déposé la gemme de son mystère entre mes yeux.
La peur de la chute s’estompe à mesure que le ciel devient brumeux sous ma faiblesse. Comme le monde s’orne de couleurs alors inconnues, et entêtantes ! Les verts et les bleus vibrent telles les ailes des coléoptères, la vase grisâtre se mue en cercueil d’un granit rose et délicat, et le fleuve, d’une blancheur séraphique, bouillonne en de délicates nacres. Les hommes craignent la Mort exsangue et ténébreuse, mais elle laisse glisser son suaire terrifiant face à ceux qui l’accueillent avec ardeur, et elle dévoile alors mille douceurs enchanteresses…
Le manque d’air me brûle à peine ; j’avale l’onde et ses pétales, et, lentement, je me transforme. Comment craindre l’ultime rai de lumière, lorsque l’on a passé sa vie à le fuir dans le rêve… si le ciel me refuse son secours, je resterai blottie dans le courant, et j’étreindrai les enfants des fleurs qui cherchent le salut. Je passerai de corps en corps éveiller l’âme à
la toute-puissance de l’éphémère ; la corolle née dans la boue verra son chant atteindre les étoiles.
Détachons-nous de la peur du vide, de la pesanteur du squelette, des
chaînes de l’amour ; de mon dernier souffle naîtra la tempête, et je déposerai fièrement le pâle velours du
tombeau sur le front des désespérées.
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Seconde partie du mythe « intouchable », avec toujours la talentueuse Charlotte Skurzak à la photo. La prochaine étape, c’est directement dans un lac !
Mon père, un matin, m’entretint en ces mots : « La femme cache dans la rondeur de son ventre un trésor que tout homme désire, mais une fois ravi, le ventre ne vaut guère mieux que chair morte, et ainsi s’évanouit l’honneur d’une vierge. Garde-toi de la Lune et du Soleil, ne suis que l’ombre de ma main, et tu seras digne de ton rang ». Quelle jeunesse ne craindrait de s’éteindre avant la première nuit d’amour sacrée… ! J’étouffai alors les candides pensées qui fleurissaient sur mes lèvres, et cachai dans un tiroir les missives d’un prince épris, qui écrivait pour moi seule ses mélancolies et ses espoirs secrets. J’attendrai, me disais-je, l’instant où l’ombre paternelle me pousserait enfin vers l’étreinte dont le désir lentement rosissait mes joues de lait… Et mes journées, longues, ternes, se perdaient en rêveries.
Mais… ! À trop me méfier des astres, j’oubliai de me méfier des miens. L’amant, fou et menteur, anéantit d’un mot mes chimères ; un feu moqueur dévorant ses yeux, il attrapa mon visage et y cracha un venin qui, brusquement, consuma mon cœur et ma foi. Je cueillis le chèvrefeuille et la violette, les nouai dans ma chevelure, et m’en fus chanter ma triste ballade par le monde, dans les chambres du château, face aux remparts, et jusque dans la forêt. Je chantais la loi des hommes qui s’abreuve dans l’innocence, qui prend, dispose et rejette, je chantais les vierges brisées, la vieillesse précoce qui glace le cœur et les hanches, l’éternité qui griffe dans les derniers souffles la chair repentante…et je glissai dans l’eau. Mon voile m’étouffe et je me noie ; « Pauvre Ophélia », regretteront les âmes que je croisai. On me dit déjà folle comme toi, ô cruel ami ! Et je sens ton crâne peser à mon côté, alors que l’air que j’exhale fuit l’onde qui m’entrave. Comme le sort semble funeste à ceux qui veulent fuir ! La seule liberté, pour un cœur palpitant, devient le silence du sépulcre.
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Dur, dur de s’attaquer à un monument comme Ophélia. Tant de choses ont été écrites, peintes, dont certaines si proches de la perfection que toucher au mythe en deviendrait presque sacrilège. Mais enfin ! Il est toujours permis de s’amuser un peu. Et passer ces deux heures dans une baignoire en compagnie de Charlotte fut un vrai plaisir.
Voici donc la première partie de notre contribution à la montagne d’Ophélias qui dorment dans l’imagination des rêveurs.
D’ailleurs, Charlotte a lancé hier son Tumblr de modèle, n’hésitez pas à vous y promener !
Mes deux dernières fins de semaine se sont déroulées au bord de la mer, et, aujourd’hui, la pluie me sert de souvenir aquatique. Et dire que, voilà cinq jours, je bravai les 12° C de la Manche à la tombée de la nuit… (Alors que d’autres se baignaient en Grèce. Bon.)
Peu de photos de cette plage bretonne dont les couchers de soleil m’avaient tant émerveillée l’an passé. Rien à faire, je n’en capturerai jamais l’essence. Cet horizon lisse où l’eau devenait le miroir de la clarté de juin est condamné à rester errant dans les limbes de l’imagination. Mais au moins, chez elle, je peux toujours me baigner… même à Paris.
Une rescapée.
Et j’ai encore rapporté des coquillages.
Je suis quelque peu à la traîne par ici, j’ai de belles collaborations à poster, notamment une inspiration Sarah Moonesque que j’aime vraiment beaucoup (et que je commencerai sans doute à égrener ce soir sur mon Tumblr).
Ces deux photographies de Sarah Moon ont été le fil rouge de cette série. Je ne peux faire mieux comme mise en bouche !
Je suis contente de revenir à des thématiques un peu plus sombres. J’essaye beaucoup de choses ces derniers temps (même du 70’s-lunettes-mange-visage, c’est dire), mais le noir reste ma couleur.
C’est d’ailleurs pour cela que je m’achète des vêtements rouge et crème… Cet ensemble Moitié était un rêve depuis que j’avais essayé la version noire chez ma Sa-Shimi l’an passé, quant à la robe Gunne Sax, elle traînait sur ma wishlist depuis des siècles (oui, oui) avant de brusquement disparaître voilà quelques semaines. Sa réapparition en début de mois était un signe du destin (je n’ai pas du tout de rapport démesuré avec mon dressing). Mais en même temps, quelle merveille !
Et je continue à bidouiller, malgré une légère baisse de régime en début de mois. L’Amy a retrouvé dans un fond de tiroir des babioles de métal vieilli qui me donnent des envies de dolly ou d’orientalisme surchargé (ce qui est à peu près la même chose). Ne me manquent que des crânes – j’ai d’ailleurs continué de démonter mon collier Nécrosarium, qui se divise désormais en collier à trois pendeloques et en paire de boucles d’oreille, j’attends simplement une babiole morbide à raccrocher à la croix centrale – on n’a jamais assez de babioles morbides. Alors en attendant, je termine une série de trucs mignons.
La clef du temps !
Ma chouette récréation moonesque m’avait permis de m’amuser à créer le cristal de Serenity, mais cela faisait des lustres que je rêvais de la clef du temps et de son cristal du futur. J’avais trouvé la clef dans un gacha à Tôkyô (moyennant quelques cris hystériques), mais je ne trouvais pas de cristal rose pâle. Qu’à cela ne tienne, j’ai teint le mien à l’encre… et cela m’a pris un temps fou. Le rose est, en revanche, vraiment très pâle – ce qui ne me dérange pas plus que ça, en fait.
Par exemple, ici, la teinte rose se voit vraiment à peine. Mais enfin.
Quant à ça, euh…
Comme souvent je m’éparpille beaucoup trop, j’ai un voile sur le thème des étoiles en cours de préparation, une couronne pour aller avec cette croix fleurie, des fleurs de soie à coudre sur quelque chose – admirez ce sens de l’organisation –, et ainsi de suite. Je bidouille de la nacre aussi. Pour vider mon stock de coquillages. Heureusement que je passe à peu près 3 heures chez moi par jour, tout avance à une vitesse…
Ah, Maria, où s’est donc envolée l’insouciante, la puissante ? Celle qui d’un regard obtenait perles et fleurs, dont le goût assuré rendait pâlissantes les Cours étrangères, son ennui patronnant les arts…
Te voici, la poitrine déchirée, le cœur aux abois. L’eau sourde dans le bois de Versailles, et l’humidité ronge tes os délicats. La calomnie a achevé l’œuvre du caprice ! Et maintenant, le peuple est en marche. Sens comme ta couronne est lourde des cris de tes sujets ! Ils réclament déjà ton crâne ; bientôt l’Autrichienne dansera sur la pique.
Rappelle-toi ces étés où la solitude apaisait tes frivoles appétits, où la nuit, dans son étreinte, tombait sur ton domaine… Tu reniais, souriante, le tourment d·un peuple, préférant poser les yeux sur l’Amour qui repose dans son temple, le marbre bleuissant sous les étoiles. La Reine fut oubliée, sacrifiée sur l’autel de la langueur, et le vent, faisant danser ta longue robe blanche, portait les effluves d’un soir de bal, où l’encre du désir vint teinter tes joues de son encre subtile…
Mais tu ne sais garder ton masque, Antonia ! Ton cœur ploie et, doucement, tu fléchis.
La Reine réclame à présent ses droits, et tu sens sa main, déjà rongée par le sépulcre, te glacer la nuque. Elle te montre ton nom sali par tes extravagances et gangrené par la haine. La fenêtre où tu t’appuies, regardant tomber la pluie, grince affreusement, et les souvenirs d’été disparaissent sous la vermine.
Les ombres s’unissent dans un parfum d’orage, et, lasse, tu détournes le regard, soumise à l’oracle funeste que la pluie de juillet chante pour toi.
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Je me sens tellement fière d’avoir représenté le travail de Clara dans cette superbe robe qu’il fallait bien que je lui dédiasse un article ! Marie-Antoinette est une figure un peu particulière pour moi, mes parents m’ayant donné ce royal patronyme comme deuxième prénom. J’ai grandi entre deux lectures de la biographie de Zweig… Sans aller jusqu’à ressentir de grande tendresse pour ce personnage tragique, je me suis quelque peu attachée à son histoire, comme à une sorte de legs parfois encombrant.
Ces instants cruels où Marie-Antoinette se ressaisit dans sa dignité de reine, alors qu’elle lui est soudain refusée, sont ceux que je préfère si je lis sa vie comme un roman. Quelle ironie, tout de même, que de se souvenir de ce que l’on possède à l’instant où on le perd à jamais. Elle sut se battre lorsque sa cause fut perdue, avec cette opiniâtreté fascinante des souverains déclinants… pour devenir des siècles plus tard héroïne romantique !
Incarner ce luxueux spleen n’est pas une mince affaire. Il fallait tout le talent de Clara pour lui donner une âme. Et donc, ma menue carcasse. J’espère avoir été à la hauteur…!
Voici ce que nous en dit Clara : « Cette […] "version" de la Reine évoque ses derniers moments à Versailles, entre solitude, nostalgie et résignation.
Grâce notamment au maquillage, j’ai voulu illustrer l’inquiétude et la peur qui peu à peu commencèrent à la parcourir puis à l’envahir, comme un masque s’étendant sur son front, un destin funeste qui peu à peu rampe le long de ses doigts, de ses mains, portées à son cou.
Encore une fois j’ai désiré marquer un paradoxe entre ces sombres émotions et la couleur pastel du maquillage ou de la robe. »
Je vous invite à lire son propre article sur cette Marie-Antoinette déclinante, avec en plus de précieuses informations sur le processus de création et les inspirations propres à cette robe. Et n’oublions pas Alexandra, Margaux et Vanessa, sans qui rien n’aurait été possible non plus !