dimanche 24 août 2014

Go go Japan 2.0 : 花 の ダイアリー 2014! #2 (le journal 2014 de Hana au Japon #2)

Après une première semaine passée à Tôkyô, je migrai dans le Kansai, chez une amie qui a eu la gentillesse d’accepter de m’héberger pendant une dizaine de jours. Les affaires une fois déposées et un peu de repos pris, ma première grande étape au sud du Japon était une nuit à Kyôto… dans un ryokan. Soit la concrétisation d’un « petit » fantasme.
Le ryokan, pour les néophytes en la matière (ou pour ceux qui ne s’intéressent pas au Japon, ils existent après tout), n’est autre qu’une auberge traditionnelle japonaise. Imaginez tatamis, futons et minimalisme apaisant : c’est tout à fait ce que j’allais retrouver pour ces divines 24 heures. L’établissement où je logeais se trouve au bord de la rivière Hozu, dans le quartier de Arashiyama, beaucoup plus calme que la célèbre Gion ! Même si j’y ai souvent croisé quelques autres Français… (à croire que nous nous donnons tous rendez-vous là-bas pendant l’été. Avec nos amis chinois). Bref, comme je ne connaissais pas du tout le coin, j’en ai profité pour me promener un peu.


Sur le chemin niche un temple zen, au creux d’une colline : le Daihikaku Senkoji. Après quelques minutes de montée, une cloche accueille le visiteur, qu’il peut sonner par trois fois avant d’aller s’installer dans une sorte d’alcôve posée en hauteur, où l’attend une tasse de thé.
La vue sur la forêt qui entoure la rivière est saisissante.

Grimpette, donc.
 
(La faune et la flore japonaise sont une éternelle source de rêverie et de méditation.)

Après cette belle balade, il était déjà temps de manger. Une jeune femme est venue déposer un plateau de thé dans la chambre, mon girlcrush du séjour. Elle semblait personnifier la grâce et la retenue que l’imaginaire occidental accorde aux femmes nippones, et l’observer alors qu’elle servait le sencha était un délice. La voir déplacer les bols de ses mains délicates m’a procuré un sentiment de bien-être incroyable ; la beauté des paysages, la finesse de ses gestes, tout apparaissait si parfait ce jour-là !

Tea time.
J’avais spécifié lors de ma réservation que je ne consommais ni viande terrestre ni viande marine, précisant que voir mes portions de nourriture diminuer en conséquence ne me dérangeait pas. Et quelle bonne surprise lorsque je me suis aperçue qu’un menu spécial avait été préparé ! J’ai comparé mes plats avec ceux de l’Amy cher à mon cœur (qui donnaient bien envie d’ailleurs, tant le poisson semblait frais et gras), nous avions à peu près les mêmes quantités lors des différents services. Les plateaux se succédaient et à chaque fois ce fut un délice… Nous avons même eu droit à un snack en cas de petit creux pendant la nuit (quelques makis, dont des végétariens), auquel je n’ai pas eu l’occasion de toucher tant je me sentais repue.

Cette tempura de tomate cerise doit être l’une des meilleures choses que j’ai mangées de ma vie. Sérieusement.
(Je triche : cette photo un peu floue vient du petit déjeuner.)
Mais avant de sombrer au pays des rêves (bleus-je-n’y-crois-pas-c’est-merveilleux), il me fallait faire un tour dans les bains chauds situés au dernier étage ! (c’est-un-nouveau-monde-en-couleurs) Trois bains non mixtes étaient disponibles jusqu’à une heure avancée, ainsi qu’un bain privatisable pour quarante minutes, avec vue sur le fleuve. Bon, de nuit on ne voyait pas grand chose (d’où l’absence de photos), mais qu’importe ! J’ai pu profiter des bains féminins seule avec les gargouillis de l’eau, et j’ai rarement vécu minutes si reposantes. Une bonne demi-heure de trempette dans un bassin brûlant et un petit tour sur un fauteuil massant plus tard, il était plus que temps d’aller dormir. Je posai la tête sur l’oreiller, j’ouvris les yeux pour apprécier le moelleux de sa ouate : surprise ! J’avais déjà huit heures de sommeil derrière moi. Le pouvoir d'une bonne literie est sans pareil.

(Et ce fut donc sur cette considération triviale que s’achevèrent ces heures de repos si harmonieux)

Pour vous donner une idée de la chambre.
(Les photographies qui illustrent ce billet ont été prises avec mon téléphone ; dès lors, même si elles ne sont pas d’une qualité détestable, elles sont loin de rendre entièrement justice à ce que j’ai vu ce jour-là. Imaginez tout ceci une centaine de fois plus beau, vous serez déjà un peu plus proches de la réalité !)

samedi 16 août 2014

Livres du Soleil-Levant, première édition.

[Quelques semaines plus tard] Avec une quarantaine de brouillons en préparation (seulement deux, à vrai dire), j’annonce non sans fierté que j’ai à nouveau survécu à un long-courrier. Et quoi de mieux, pour fêter cette vie tant de fois crue perdue à jamais (blâmez le typhon et ses quelques  turbulences), que de parler de livres.

Cette année, je n’ai vraiment pas été raisonnable en ce qui concerne mes achats, et je m’en mordrai les doigts avec le sourire. Les premières coupables furent ces librairies exhibant sans pudeur aucune couvertures colorées et lettrines exotiques ; je suis rentrée avec une valise lourde d’encre… mais je suis bonne joueuse, et partage ici mes découvertes.

Première fournée : l’artbook monochrome 2014 de Yoh, un artbook de Higushi Yuko, un Street Mode Book (mais quel peut bien en être le sujet) et un livre obscur mais complètement génial sur les icônes des légendes européennes.

Tadaa.
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Commençons par Yoh, donc. Illustrateur que j’ai connu sur Tumblr, je l’apprécie beaucoup pour son travail dont la précision et la finesse du trait me font rêver à d’obscures gravures quelque peu glauques. Dans le petit monde du rori, il a réalisé quelques illustrations pour les Gothic & Lolita Bible, a collaboré avec Alice and the Pirates, et il dessine aussi pour Kera – un bel horoscope, entre autres.

De tout ce que j’ai pu voir de lui, ce sont bien ses monochromes que je préfère, et ça tombe bien, c’est ce dont il est question ici. D’autant que le thème de cet artbook est centré sur l’eau. Sirènes-poisons, arêtes, roses et coraux, tout ce qui m’inspire depuis des années mais qui me hante depuis quelques mois est présent ici.


(Et j’en profite pour vous donner le lien d’un autre article du formidable blog de Heiwa, qui traite de la figure d’Ophélie. La référence à cette noyée mythique est tellement flagrante pour moi dans la deuxième illustration que je ne me sens pas tant hors-sujet que ça en en parlant).

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Voici ensuite Yuko Higuchi, elle aussi découverte via Tumblr, elle aussi connue dans le monde du rori pour diverses collaborations vestimentaires, chez Emily Temple Cute cette fois. 


Je l’apprécie pour une autre sorte d’univers malsain, avec ses hybrides lolita-chat et ses champignons vénéneux. Elle poste régulièrement sur sa page Facebook des photos de son intérieur, chat et peluches en forme d’escargots géants compris. Et elle dessine des figures aquatiques parfois, elle aussi…

Elle est simplement plus du côté tentacules de la Force.
Did someone say creepy?
Cet artbook ne me semble pas loin d’être exhaustif pour les années 2012/2013. On retrouve son travail classé par thèmes (fantaisie, champignons, jeunes filles), ainsi qu’une liste de ses collaborations (dont Ahcahcum Muchacha, curieusement). 

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Trouvé par surprise dans un Book Off à Kyôto, voici un livre de street fashion dont je n’avais absolument jamais entendu parler. Édité en 2007, il m’a surtout plu car il retrace l’évolution des styles urbains tokyoïtes depuis la fin des années 70, ce que je n’ai pour le moment vu nulle part ailleurs. Figurent aussi des interviews de certains designers, des descriptions des marques phares du lolita et du gothic à la sauce nippone… Beaucoup de texte mais aussi de belles photos, je regrette un peu de ne pas avoir l’avoir connu avant. 


Seul ouvrage traitant du lolita que j’ai acheté là-bas, je ne pense pas qu’il m’apprendra beaucoup plus que ce que je sais déjà (surtout que je ne lis pas vraiment couramment le japonais), mais le côté bloc de texte incompréhensible possède ses charmes aussi. J’avoue l’avoir acheté plus par nostalgie que pour autre chose, même si j’ai vanté l’attrait de son contenu quelques lignes plus haut. 
(Et en plus, il sent très bon. Pour un livre datant de 2007, il possède déjà cette odeur douceâtre que j’aime dans les vieux papiers.. Tout y fleurait le regret du temps passé, donc…)

Metamorphose temps de fille.
Double page sur Excentrique et ses corsets.
Hum.
Un peu de chronologie, donc.
Interview de la costumière de MALICE MIZER.
Entretien croisé entre Takemoto Novala et une sommité de chez Blythe, ft. mon pouce et mes chaussettes.
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Le dernier livre de ce billet est une merveille de papier glacé qui retrace brièvement l’histoire de quelques figures légendaires européennes, tableaux à l’appui, souvent moyenâgeux ou préraphaélites. Je pense que mon cœur a raté un battement en le voyant, d’autant que l’objet est magnifique.


L’ouvrage est divisé en cinq parties, qui traitent respectivement des mythologies grecque, chrétienne, nordique, de l’univers des fées et de celui des contes et légendes. 

Athéna chez Botticelli.
Le roi Salomon et une page d’introduction sur la Sainte Vierge et le Christ.
Walkyries et Arthur Rackham.
Tristan et Iseult revus par les préraphaélites.
Dame à la Licorne.
J’ai tourné les pages au hasard pour trouver les tableaux que j’allais montrer ici tant absolument tout est à mon goût dans ce livre, ç’aurait été un calvaire que de choisir…

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Je suis complètement folle de ces achats. Même ma grande difficulté à déchiffrer leurs textes ajoute à ma joie de les posséder, curieusement. Comme si me retrouver face à de beaux livres d’images inaccessibles leur insufflait l’aura mystique d’un trésor qui ne se dévoile qu’aux initiés.

(Et je n’ai aucune idée de la façon dont je pourrais finir après tant de jolies choses, alors je vais conclure avec une photo prise à Ginza de la devanture d’une pâtisserie qui résume bien mon état d’esprit du moment.)

jeudi 24 juillet 2014

Go go Japan 2.0 : 花 の ダイアリー 2014! #1 (le journal 2014 de Hana au Japon #1)

(Tu voulais voir les nuages, et bien tu verras les nuages.)


[Retour, inattendu il y a quelques mois seulement, du journal de bord de mon séjour au Japon ; je l’organiserai différemment cette fois-ci pour éviter les doublons avec les articles de l’an passé, et privilégierai plutôt les comptes-rendus en fonction des lieux visités que des dates, quitte à me permettre quelques brisures temporelles de temps à autre.
Voilà, c’était l’introduction fascinante du moment.]

Alors que cela faisait deux jours que foulais pour ma seconde fois la terre tokyoïte, il était déjà temps de repartir pour un peu de grimpette. J’avais réservé une place dans un groupe pour gravir le mont Fuji voilà quelques semaines ; je ne suis pas friande des voyages organisés, mais en bonne montagnarde novice la présence d'un guide me paraissait plutôt rassurante. S’y prendre à l'avance semble indispensable car les places sont chères et l’on n’a pas toujours le choix de la date. Une randonnée de plus de 15 heures à peine remise de mes 13 heures de vol, idée fantastique, mais au diable mes appréhensions ! Je suis jeune et en bonne santé, à ce qu’on m’a dit.

Réveillée dès cinq heures du matin afin de finir de préparer mon sac, je sentais l’excitation et l’appréhension monter lentement le long de ma gorge. Le point de rendez-vous se trouvait à Shinjuku une couple d’heures plus tard, et pour une fois je ne suis pas arrivée en retard… 
Le trajet durait suffisamment longtemps pour prendre un peu de repos, malgré monsieur le coordinateur de randonnée (je ne sais toujours pas en quoi ce rôle consiste, en fait) qui passait son temps à nous raconter micro à la main mille et une choses fascinantes, comme quelques considérations sur la taille de sa boisson Starbuck  à la fraise (idéale pour se rafraîchir, apparemment. Merci monsieur le coordinateur). Notre groupe eut quartier libre pour acheter souvenirs et nourriture avant la randonnée ; pour ma part je me suis précipitée sur un bâton de pèlerin en bois sur lequel on pouvait apposer un timbre pyrogravé à chaque étape moyennant quelques centaines de yens. Je me suis ruinée là-dedans, mais il me les fallait tous, évidemment. Mon côté dresseuse de Pokemon qui ressort, j’imagine.
(J’ai également croisé un nid d’hirondelle, avec un oisillon qui sortait son petit bec pour réclamer de la nourriture…)

La bête.
L’ascension se déroule en plusieurs parties. Notre car nous conduisit jusqu’à la cinquième étape, qui se trouve à un peu plus de 2300 mètres. De là, nous en avions pour 5 ou 6 heures de marche avant l’étape intermédiaire, où nous attendait un repas chaud et un sac de couchage pour dormir un peu (vers 2900 mètres d’altitude). Ensuite, nouveau départ à 22 h 30, pour encore 5 ou 6 heures de marche avant le sommet et le cratère (plus de 3700 mètres), puis la descente (et 4 heures de marche pour celle-ci).




C’est avec le sourire que tout commença, malgré la brume qui empêchait de bien apprécier le paysage environnant. Pour autant, se sentir grimper au milieu des nuages a également beaucoup de charme. L’univers est blanc ou gris, et l’on ne voit plus ni le ciel ni la terre, juste le chemin à suivre. Un monde ascétique, donc.
Au fur et à mesure que l’on avance, on sent l’air se refroidir un peu et le vent devenir de plus en plus puissant, mais rien de bien insoutenable avant notre halte de mi-parcours. Cette fraîcheur est même bienvenue après la moiteur tokyoïte. Notre traducteur, Take, nous avait prévenus qu’il serait sans doute impossible de faire le tour du cratère une fois arrivés au sommet à cause de la neige ; nous parler de neige en plein mois de juillet à Tôkyô ! Quel est donc ce concept improbable que celui de neige dans le Japon estival ?

Allons allons, fainéants.

Quoi qu’il en soit, c’est avec bonheur que l’on voit le gîte se rapprocher, et les pyrogravures s’amasser sur le bâton de pèlerin. Vers 17 heures, j’ai enfin pu avaler mon premier vrai repas de la journée ; rarement omelette m’aura paru si savoureuse. Et sac de couchage si confortable.
L’ambiance dans le groupe était plutôt bonne. On entendait toutes sortes de langues et d’accents, de l’allemand, de l’espagnol, du québécois, de l’anglais (évidemment, nouvelle langue universelle), quelque chose qui ressemblait à du serbe, du suédois (je crois…), du chinois…J’ai bêtement joué les fangirls sur deux jeunes gens qui se sont rapprochés pendant notre parcours, et qui étaient absolument adorables ensemble. Je les imaginais déjà se souvenir de leur première rencontre plusieurs décennies plus tard, tu te souviens, au mont Fuji… des étoiles de leur amour naissant au fond des prunelles (oui, achevez-moi s’il vous plaît).
Bon, et sortie de groupe oblige, j’ai aussi eu droit aux gros ronfleurs dans le dortoir. Mais qu’importe.

Omelette du fromage. Et ma soupe miso a des yeux.
Notre seconde sortie a été le moment favori de ma randonnée. Le ciel nuageux oscillait entre plusieurs nuances de noir profond et de gris sombre qui s’entremêlaient en de subtiles volutes d’encre à la lumière de nos lampes-torches, comme un négatif de cette peinture chinoise que j’aime tant.

Yu Jian, Village dans la brume.
Je ne faisais même plus attention à mon corps et aux efforts que je faisais pour grimper tant j’étais absorbée par ce paysage ou plutôt par cette absence de paysage, le direct opposé de ce coucher de soleil flamboyant de Bretagne durant lequel je m’étais baignée au mois de juin ; une autre sorte d’océan composé de nuages et de néant.
Par moments je pensais au Purgatoire de Dante, j’imaginais cette montagne comme celle que gravissent les pécheurs dans l’espoir de leur rédemption, où les fragiles lueurs que transportent les hommes en quête du fameux lever de soleil se confondent avec celles, plus éthérées, des âmes repenties en quête d’éternité. Le silence dans lequel nous étions plongés, parfois troublé par les morsures erratiques des bourrasques de haute altitude, invitait à rentrer en soi, et si le vent asséchait mes larmes avant qu’elles ne roulent le long de mes cils, mon cœur, lui, battait au rythme d’un délicieux sanglot.

En revanche, la dernière partie de la montée fut terrible. Je vacillais sur mes jambes à cause du vent glacial que quatre couches de vêtements ne parvenaient pas à freiner. L’effort, la fatigue, la légère peur du vide, tout me paraissait insupportable, mais, mais…








…difficile de dire que ce bref désespoir n’en valait pas la peine. Je passerai donc sous silence l’agonie de la descente pour ne pas gâcher la magie de ces quelques photos-souvenirs. 

Je me suis même acheté un fuji-pudding pour fêter ça.
Et parce que même à 3000 mètres d’altitude, ton bâton de pèlerin peut être kawaii.

Transparent White Star