lundi 1 septembre 2014

CLXXVII




Parmi la chaleur accablante
Dont nous torréfia l’été,
Voici se glisser, encor lente
Et timide, à la vérité,

Sur les eaux et parmi les feuilles,
Jusque dans ta rue, ô Paris,
La rue aride où tu t’endeuilles
De tels parfums jamais taris,

Pantin, Aubervilliers, prodige
De la Chimie et de ses jeux,
Voici venir la brise, dis-je,
La brise aux sursauts courageux…

La brise purificatrice
Des langueurs morbides d’antan,
La brise revendicatrice
Qui dit à la peste : va-t’en !

Et qui gourmande la paresse
Du poëte et de l’ouvrier,
Qui les encourage et les presse…
« Vive la brise ! » il faut crier :

« Vive la brise, enfin, d’automne
Après tous ces simouns d’enfer,
La bonne brise qui nous donne
Ce sain premier frisson d’hiver ! »

Paul Verlaine, En septembre

vendredi 29 août 2014

CLXXVI ~ Parlons chiffons.

Même si j’ai développé avec le temps une relation amour/haine avec les styles urbains japonais (BOUH BOUH BOUH la tour 109), je suis bien obligée d’admettre que je suis capable de flamber mon pauvre compte en banque très rapidement quand je suis lâchée dans certaines boutiques. Et en déballant mes valises et autres cartons, l’envie m’est venue de faire un petit haul par ici.


La fabuleuse dentelle des boléros Inowa vient enfin s’installer dans mes placards ! Si la base de ce vêtement n’est faite que d’un jersey confortable mais somme toute banal, la qualité de la dentelle est très agréable. Le tulle brodé est une tuerie visuelle, et celui-ci est particulièrement joli avec ses motifs floraux. De plus, cela faisait longtemps que je voulais porter du bordeaux (même si la couleur semble plus vive sur la photo) : ce sera désormais possible. Et ce mélange avec la teinte café au lait est très délicat !
L’imprimé de la jupe (music series) est fait de roses, de puttis et de quelques portées, le maximum sweet que je peux atteindre sans me sentir mal à l’aise. Je lorgnais depuis pas mal de temps sur la version noire, et finalement celle-ci a emporté mon cœur.


Un peu de noir, parce que malgré mes incursions de plus en plus fréquentes vers la couleur, cette nuance reste celle que je trouve la plus élégante. J’ai pas mal modifié la luminosité pour mettre en avant ces broderies anglaises et cette dentelle incroyables. Les premières viennent d’une robe Jane Marple qui doit être la concrétisation de beaucoup de mes fantasmes sur la robe d'été idéale : un coton léger avec un motif bucolique suffisamment discret pour être très versatile. Elle serait parfaite aussi bien avec un canotier qu’un bibi !
La seconde vient d’une blouse trouvée complètement par hasard dans une boutique de Kôbe. Elle est également faite de coton (ce nouveau Graal dans notre océan de polyester) et mélange plein d’effets différents entre plumetis, broderies et motifs ajourés. Autrement dit… elle est superbe.


Encore un boléro Inowa, en crème cette fois-ci, avec une robe Mary Magdalene et ce collier escargot Vivienne Westwood qui me hantait depuis des mois. Celui-ci est de très belle facture ; on dirait une réelle carapace, même s’il me semble plus vraisemblable qu’elle soit faite de résine. Un rien dérangeant, je l’aime vraiment beaucoup. 
J’ai acheté le boléro et la robe dans la même boutique d’occasion, à Ôsaka (Maiden Clothing) ; ils se marient bien ensemble et peuvent aussi se lier à une tenue rori classique tout comme à quelque chose de plus relâché et proche du mori.

 

Parlons-en, justement. Depuis mon voyage, j’ai de quoi m’habiller pour l’automne. Que ce soit dans les friperies ou les magasins de J-fashion, mes préférences allaient bien souvent vers le mori. Simples, mignons, faciles à coordonner selon des inspirations diverses, et surtout faits majoritairement de matières naturelles, les vêtements de ce style formaient une bulle reposante après les délires synthétiques hors de prix que je pouvais croiser. Ce qui est exposé sur cette photo vient de diverses boutiques vintage (à l’exception du col de dentelle qui a été acheté à Kôbe avec la blouse noire), mais je me suis beaucoup défoulée aussi chez Wonder Rocket…


À nouveau du noir (qu’on voit mal), jupe BPN et robe MAM, avec une petite clef du temps que j’ai eue dans un gashapon et que je compte bien utiliser pour me fabriquer un collier inspiré par celui que porte Chibi-Usa dans Sailor Moon... Elle m’agace profondément mais posséder la clef du temps m’a toujours obsédée ! (Je me rassure en me disant qu'elle appartenait à Pluton, à l'origine… Bref.) 


Des motifs plus traditionnels pour finir ! En rouge, mon yukata, en violet, un tissu dont je compte bien faire une robe d’inspiration wa-loli (si, si) avec l'aide de mon amie Angie-doigts-de-fée.
Le Japon mérite bien sa réputation de mine d’or pour tout ce qui concerne les travaux manuels, je ne montre pas ici les kilos de dentelles, perles et autres bidules que j’ai rapportés, mais j’ai de quoi faire.

(Sauf du temps, peut-être. Mais je compte bien prendre le temps de prendre du temps, à présent.)

dimanche 24 août 2014

Go go Japan 2.0 : 花 の ダイアリー 2014! #2 (le journal 2014 de Hana au Japon #2)

Après une première semaine passée à Tôkyô, je migrai dans le Kansai, chez une amie qui a eu la gentillesse d’accepter de m’héberger pendant une dizaine de jours. Les affaires une fois déposées et un peu de repos pris, ma première grande étape au sud du Japon était une nuit à Kyôto… dans un ryokan. Soit la concrétisation d’un « petit » fantasme.
Le ryokan, pour les néophytes en la matière (ou pour ceux qui ne s’intéressent pas au Japon, ils existent après tout), n’est autre qu’une auberge traditionnelle japonaise. Imaginez tatamis, futons et minimalisme apaisant : c’est tout à fait ce que j’allais retrouver pour ces divines 24 heures. L’établissement où je logeais se trouve au bord de la rivière Hozu, dans le quartier de Arashiyama, beaucoup plus calme que la célèbre Gion ! Même si j’y ai souvent croisé quelques autres Français… (à croire que nous nous donnons tous rendez-vous là-bas pendant l’été. Avec nos amis chinois). Bref, comme je ne connaissais pas du tout le coin, j’en ai profité pour me promener un peu.


Sur le chemin niche un temple zen, au creux d’une colline : le Daihikaku Senkoji. Après quelques minutes de montée, une cloche accueille le visiteur, qu’il peut sonner par trois fois avant d’aller s’installer dans une sorte d’alcôve posée en hauteur, où l’attend une tasse de thé.
La vue sur la forêt qui entoure la rivière est saisissante.

Grimpette, donc.
 
(La faune et la flore japonaise sont une éternelle source de rêverie et de méditation.)

Après cette belle balade, il était déjà temps de manger. Une jeune femme est venue déposer un plateau de thé dans la chambre, mon girlcrush du séjour. Elle semblait personnifier la grâce et la retenue que l’imaginaire occidental accorde aux femmes nippones, et l’observer alors qu’elle servait le sencha était un délice. La voir déplacer les bols de ses mains délicates m’a procuré un sentiment de bien-être incroyable ; la beauté des paysages, la finesse de ses gestes, tout apparaissait si parfait ce jour-là !

Tea time.
J’avais spécifié lors de ma réservation que je ne consommais ni viande terrestre ni viande marine, précisant que voir mes portions de nourriture diminuer en conséquence ne me dérangeait pas. Et quelle bonne surprise lorsque je me suis aperçue qu’un menu spécial avait été préparé ! J’ai comparé mes plats avec ceux de l’Amy cher à mon cœur (qui donnaient bien envie d’ailleurs, tant le poisson semblait frais et gras), nous avions à peu près les mêmes quantités lors des différents services. Les plateaux se succédaient et à chaque fois ce fut un délice… Nous avons même eu droit à un snack en cas de petit creux pendant la nuit (quelques makis, dont des végétariens), auquel je n’ai pas eu l’occasion de toucher tant je me sentais repue.

Cette tempura de tomate cerise doit être l’une des meilleures choses que j’ai mangées de ma vie. Sérieusement.
(Je triche : cette photo un peu floue vient du petit déjeuner.)
Mais avant de sombrer au pays des rêves (bleus-je-n’y-crois-pas-c’est-merveilleux), il me fallait faire un tour dans les bains chauds situés au dernier étage ! (c’est-un-nouveau-monde-en-couleurs) Trois bains non mixtes étaient disponibles jusqu’à une heure avancée, ainsi qu’un bain privatisable pour quarante minutes, avec vue sur le fleuve. Bon, de nuit on ne voyait pas grand chose (d’où l’absence de photos), mais qu’importe ! J’ai pu profiter des bains féminins seule avec les gargouillis de l’eau, et j’ai rarement vécu minutes si reposantes. Une bonne demi-heure de trempette dans un bassin brûlant et un petit tour sur un fauteuil massant plus tard, il était plus que temps d’aller dormir. Je posai la tête sur l’oreiller, j’ouvris les yeux pour apprécier le moelleux de sa ouate : surprise ! J’avais déjà huit heures de sommeil derrière moi. Le pouvoir d'une bonne literie est sans pareil.

(Et ce fut donc sur cette considération triviale que s’achevèrent ces heures de repos si harmonieux)

Pour vous donner une idée de la chambre.
(Les photographies qui illustrent ce billet ont été prises avec mon téléphone ; dès lors, même si elles ne sont pas d’une qualité détestable, elles sont loin de rendre entièrement justice à ce que j’ai vu ce jour-là. Imaginez tout ceci une centaine de fois plus beau, vous serez déjà un peu plus proches de la réalité !)

samedi 16 août 2014

Livres du Soleil-Levant, première édition.

[Quelques semaines plus tard] Avec une quarantaine de brouillons en préparation (seulement deux, à vrai dire), j’annonce non sans fierté que j’ai à nouveau survécu à un long-courrier. Et quoi de mieux, pour fêter cette vie tant de fois crue perdue à jamais (blâmez le typhon et ses quelques  turbulences), que de parler de livres.

Cette année, je n’ai vraiment pas été raisonnable en ce qui concerne mes achats, et je m’en mordrai les doigts avec le sourire. Les premières coupables furent ces librairies exhibant sans pudeur aucune couvertures colorées et lettrines exotiques ; je suis rentrée avec une valise lourde d’encre… mais je suis bonne joueuse, et partage ici mes découvertes.

Première fournée : l’artbook monochrome 2014 de Yoh, un artbook de Higushi Yuko, un Street Mode Book (mais quel peut bien en être le sujet) et un livre obscur mais complètement génial sur les icônes des légendes européennes.

Tadaa.
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Commençons par Yoh, donc. Illustrateur que j’ai connu sur Tumblr, je l’apprécie beaucoup pour son travail dont la précision et la finesse du trait me font rêver à d’obscures gravures quelque peu glauques. Dans le petit monde du rori, il a réalisé quelques illustrations pour les Gothic & Lolita Bible, a collaboré avec Alice and the Pirates, et il dessine aussi pour Kera – un bel horoscope, entre autres.

De tout ce que j’ai pu voir de lui, ce sont bien ses monochromes que je préfère, et ça tombe bien, c’est ce dont il est question ici. D’autant que le thème de cet artbook est centré sur l’eau. Sirènes-poisons, arêtes, roses et coraux, tout ce qui m’inspire depuis des années mais qui me hante depuis quelques mois est présent ici.


(Et j’en profite pour vous donner le lien d’un autre article du formidable blog de Heiwa, qui traite de la figure d’Ophélie. La référence à cette noyée mythique est tellement flagrante pour moi dans la deuxième illustration que je ne me sens pas tant hors-sujet que ça en en parlant).

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Voici ensuite Yuko Higuchi, elle aussi découverte via Tumblr, elle aussi connue dans le monde du rori pour diverses collaborations vestimentaires, chez Emily Temple Cute cette fois. 


Je l’apprécie pour une autre sorte d’univers malsain, avec ses hybrides lolita-chat et ses champignons vénéneux. Elle poste régulièrement sur sa page Facebook des photos de son intérieur, chat et peluches en forme d’escargots géants compris. Et elle dessine des figures aquatiques parfois, elle aussi…

Elle est simplement plus du côté tentacules de la Force.
Did someone say creepy?
Cet artbook ne me semble pas loin d’être exhaustif pour les années 2012/2013. On retrouve son travail classé par thèmes (fantaisie, champignons, jeunes filles), ainsi qu’une liste de ses collaborations (dont Ahcahcum Muchacha, curieusement). 

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Trouvé par surprise dans un Book Off à Kyôto, voici un livre de street fashion dont je n’avais absolument jamais entendu parler. Édité en 2007, il m’a surtout plu car il retrace l’évolution des styles urbains tokyoïtes depuis la fin des années 70, ce que je n’ai pour le moment vu nulle part ailleurs. Figurent aussi des interviews de certains designers, des descriptions des marques phares du lolita et du gothic à la sauce nippone… Beaucoup de texte mais aussi de belles photos, je regrette un peu de ne pas avoir l’avoir connu avant. 


Seul ouvrage traitant du lolita que j’ai acheté là-bas, je ne pense pas qu’il m’apprendra beaucoup plus que ce que je sais déjà (surtout que je ne lis pas vraiment couramment le japonais), mais le côté bloc de texte incompréhensible possède ses charmes aussi. J’avoue l’avoir acheté plus par nostalgie que pour autre chose, même si j’ai vanté l’attrait de son contenu quelques lignes plus haut. 
(Et en plus, il sent très bon. Pour un livre datant de 2007, il possède déjà cette odeur douceâtre que j’aime dans les vieux papiers.. Tout y fleurait le regret du temps passé, donc…)

Metamorphose temps de fille.
Double page sur Excentrique et ses corsets.
Hum.
Un peu de chronologie, donc.
Interview de la costumière de MALICE MIZER.
Entretien croisé entre Takemoto Novala et une sommité de chez Blythe, ft. mon pouce et mes chaussettes.
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Le dernier livre de ce billet est une merveille de papier glacé qui retrace brièvement l’histoire de quelques figures légendaires européennes, tableaux à l’appui, souvent moyenâgeux ou préraphaélites. Je pense que mon cœur a raté un battement en le voyant, d’autant que l’objet est magnifique.


L’ouvrage est divisé en cinq parties, qui traitent respectivement des mythologies grecque, chrétienne, nordique, de l’univers des fées et de celui des contes et légendes. 

Athéna chez Botticelli.
Le roi Salomon et une page d’introduction sur la Sainte Vierge et le Christ.
Walkyries et Arthur Rackham.
Tristan et Iseult revus par les préraphaélites.
Dame à la Licorne.
J’ai tourné les pages au hasard pour trouver les tableaux que j’allais montrer ici tant absolument tout est à mon goût dans ce livre, ç’aurait été un calvaire que de choisir…

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Je suis complètement folle de ces achats. Même ma grande difficulté à déchiffrer leurs textes ajoute à ma joie de les posséder, curieusement. Comme si me retrouver face à de beaux livres d’images inaccessibles leur insufflait l’aura mystique d’un trésor qui ne se dévoile qu’aux initiés.

(Et je n’ai aucune idée de la façon dont je pourrais finir après tant de jolies choses, alors je vais conclure avec une photo prise à Ginza de la devanture d’une pâtisserie qui résume bien mon état d’esprit du moment.)

Transparent White Star