lundi 29 septembre 2014

CLXXXIII ~ Thé de dentelles et blé des champs

Alors que, la semaine dernière, le soleil d’été et la lune d'automne s’unissaient dans le parfait équilibre d’un ciel d’équinoxe, mon esprit en mal de liberté rêvait de champs de blé mûr et de lectures odorantes. Alors, j’ai essayé malgré tout de recréer l’ambiance de mon septembre idéal. Ou du moins, de ce qu’a été mon septembre idéal durant la journée de samedi.



~ Un col de dentelles ; c’est tellement facile à faire, ces petites choses-là ! J’ai rapporté plein de coupons de tissus divers du Japon et ces dentelles en faisaient partie ; j'attendais juste de savoir quoi en faire. Au commencement, elles étaient toutes crème ; j’en ai infusé quelques unes dans un bol de thé bien noir, et j’obtins cette nuance de beige que j’adore. Contraste classique, mais totalement à mon goût ! De quelques fleurs de tissu, je fis une broche, mais je triche un peu, celle-ci date déjà de plusieurs jours. 


~ J’accumule beaucoup, sans doute un défaut, mais au moins cela me permet de me dégourdir les doigts. Un coquillage, un morceau de dentelle, des angelots de résine, et un nouveau vide-poche. Je n’ai aucune idée de l’endroit où le poser, mais j’imagine que c’est plus drôle ainsi. 


~ Là encore, des fournitures rapportées du Japon pour cette petite broche. J’avoue que les boutiques de travaux manuels nippones ne manquent terriblement. 


~ Et pour finir, tout bête collier de chaîne et de dentelle…


Les petits bouquets de blé sont aussi de moi. Dès lors, je pus voyager un peu tout en restant assise. Une tresse enduite de monoi, le thé fumant des dentelles à teindre, les effluves du blé et de quelques fleurs sauvages cueillies dans une étroite fente fissurant le bitume urbain... 
Le tissu fleuri qui illustre ce billet compose ma robe favorite de cette saison. Avec mon châle en crochet et mon canotier, je me serais bien vue allongée dans la campagne, des mûres fraîchement cueillies dans le chapeau, le livre entre les mains, et le chant des oiseaux pour me tenir compagnie. Ou pourquoi pas un air de guitare, tiens, pour savourer la douceur de la saison finissante et les lueurs orangées de son couchant. Nulle agonie n’est plus belle que celle des beaux jours d'été, et le livre glisse lentement des doigts pour laisser le temps fuir au rythme de la brise et d’un pouls alangui de parfums.

jeudi 25 septembre 2014

CLXXXII ~ Si j’avais un idéal, sans nul doute ce serait celui-ci.

Malheureux peut être l’homme, mais heureux l’artiste que le désir déchire ! Je brûle de peindre celle qui m’est apparue si rarement et qui a fui si vite, comme une belle chose regrettable derrière le voyageur emporté dans la nuit. Comme il y a longtemps déjà qu’elle a disparu !
Elle est belle, et plus que belle ; elle est surprenante. En elle le noir abonde : et tout ce qu’elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère, et son regard illumine comme l’éclair : c’est une explosion dans les ténèbres.
Je la comparerais à un soleil noir, si l’on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur. Mais elle fait plus volontiers penser à la lune, qui sans doute l’a marquée de sa redoutable influence ; non pas la lune blanche des idylles, qui ressemble à une froide mariée, mais la lune sinistre et enivrante, suspendue au fond d’une nuit orageuse et bousculée par les nuées qui courent ; non pas la lune paisible et discrète visitant le sommeil des hommes purs, mais la lune arrachée du ciel, vaincue et révoltée, que les Sorcières thessaliennes contraignent durement à danser sur l’herbe terrifiée !
Dans son petit front habitent la volonté tenace et l’amour de la proie. Cependant, au bas de ce visage inquiétant, où des narines mobiles aspirent l’inconnu et l’impossible, éclate, avec une grâce inexprimable, le rire d’une grande bouche, rouge et blanche, et délicieuse, qui fait rêver au miracle d’une superbe fleur éclose dans un terrain volcanique.
Il y a des femmes qui inspirent l’envie de les vaincre et de jouir d’elles ; mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard. 

 Charles Baudelaire, Le Désir de peindre.

lundi 22 septembre 2014

CLXXXI ~ De l’Espagne fantasmée

Dolce & Gabbana, dont les collections de prêt-à-porter ne me font pas du tout baver depuis deux ans, a décidé après ses inspirations byzantines et romaines de se lancer dans l’esthétique hispanique... et a encore fait mouche dans mon petit cœur fragile. 

(Cet habit masculin, boudiou !)


Cette opulence est bien loin de ce que je porte habituellement, mais elle me fait toujours autant rêver, réminiscence sans doute de mes jeux de petite fille où je me rêvais princesse hindoue, inca ou encore Gitane, et où la boîte à bijoux de ma mère n’était jamais assez remplie pour satisfaire mes désirs d’ors et de tissus moirés.

Ces chaussures…!
Tout ceci arrive pile après que j’ai vu sur Tumblr l’image d'une jeune espagnole en habit de fête, et dont la robe me fait furieusement penser à un modèle Innocent World de 2008 (déjà !). Je pense que l’univers essaie de faire passer un message à mon compte en banque, car définitivement, j’aimerais bien porter quelque chose dans ce goût-là.


En attendant, j’ai très envie de revoir le Blancanieves de Pablo Berger, parce que c’est un peu tout cela en noir et blanc, et que le noir et blanc, c’est beau. Je vous laisse avec la bande-annonce, si par hasard vous n’aviez jamais entendu parler de cette jolie perle, ou juste pour le plaisir de la revoir…


P.S. : les photos de cet article proviennent majoritairement du site Now Fashion, mais aussi du Monde et de Tumblr.

samedi 20 septembre 2014

CLXXX ~ Saturne

 

Je n’ai pas à proprement parler grandi avec Sailor Moon. J’ai découvert le manga à l’aube de l’adolescence, après avoir regardé deux ou trois épisodes du dessin animé chez des amies de primaire, sans que celui-ci ne me touche outre mesure. En revanche, le manga m’a complètement bouleversée. Le nombre de références à divers systèmes symboliques (en particulier à la mythologie grecque, mais pas seulement), la richesse des différents degrés de lecture, le caractère très sombre des arcs successifs et la diversité des personnages en font une série qu’on ne lit jamais deux fois de la même manière. Et chaque personnage, bien que suffisamment archétypé pour que le lecteur puisse s’y identifier, possède une personnalité cohérente et complexe qui lui est propre. De fait, on s’attache rapidement, même si les préférences ne tardent pas à se préciser. 
Dans le monde de Sailor Moon, il existe peu de personnages que je n’aime pas. Peut-être Chibi-Usa, et encore, sans elle, pas de cette merveilleuse Black Lady ! Mais malgré tout, peu sont ceux qui m’inspirent et me subjuguent autant que Sailor Saturne/Tomoe Hotaru.


(Je risque de révéler quelques parties de l’intrigue ici, autant prévenir.)


De base, je suis quelque peu vendue, car la figure saturnienne me fascine beaucoup. Saturne le mélancolique, le bilieux, rattaché à la terre stérile dans la théorie des humeurs, Oreste chez Racine, puis dandy baudelairien…! Saturne, figure de la temporalité, de l'âge qui avance, de la crainte des regrets et de la mort qui veille… Cette masse symbolique parle beaucoup à mon caractère contemplatif. Si je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de Saturne en moi, la figure m’attire irrésistiblement.
Bref, lorsque je commençai Sailor Moon, voyant le nombre de planètes de notre système se faire de plus en plus nombreux, je n’avais qu’une hâte : que Saturne arrive. Et je n’ai pas été déçue. La jeune Hotaru correspond parfaitement a sa nature saturnienne. Jeune et se sentant pourtant déjà âgée, comme si elle portait le poids de l’univers sur ses épaules (ce qui est le cas, d’une certaine manière !), elle regarde sa vie passer avec langueur. Après un tragique incendie, son corps ne lui appartient plus ; à moitié robotisée, faible, malade, elle survit, silhouette sombre dans un milieu qui rejette son essence. 
C’est la Lune, en la personne de Chibi-Usa, qui va lentement la révéler à elle-même. Saturne et la Lune étant opposés sur la roue zodiacale et symbolique, je ne pense pas que ce soit un hasard ; les opposés s’attirent, comme dit le lieu-commun, et Naoko Takeuchi manie ses sources d’inspiration avec brio. La Lune blanche, symbole de pureté, d'amour et de fécondité, éveille cette demi-jeune fille à propre nature, qui passe par la destruction. 
Saturne est crainte, à juste titre. Son éveil signifie la mort de notre univers, que ce soit sous sa forme pervertie (Mistress 9) ou originelle. « Je suis la justicière qui doit détruire pour qu’il y ait renaissance »… elle forme avec la Lune blanche l’éternel couple de la mort et de la vie.



(Mes deux senshis préférées, Pluton le temps, Saturne l'espace. Chronos se retrouverait presque scindé en deux, c’est un peu le dénaturer ; mais enfin, si l’on considère que ces deux justicières solitaires fonctionnent en un duo silencieux, ça peut marcher, et joliment, même.)
Bref (bis), dès que j’eus fini le troisième arc pour la première fois, après avoir pleuré devant la beauté de l’apparition de Saturne, je suis restée longtemps silencieuse, et j’ai relu les tomes 7 à 10 en boucle. Pendant mes années lycée, j’emportais toujours ces livres avec moi lors de voyages ou de longs déplacements, tant je ne m’en lassais pas. C'était un peu ma Tentation de Saint-Antoine de l'époque, en quelque sorte !


Comme beaucoup de fans, j’imagine, j’ai été vraiment déçue du traitement qui a été réservé à Hotaru dans les arcs suivants. Après avoir à nouveau levé les bras vers le ciel de joie lors de son deuxième réveil (c’était quand même une enfant qui jouait du violon à la perfection, était capable de créer des systèmes solaires miniatures et citait du Einstein pour dire « coucou, je me suis éveillée a ma véritable nature »), je n’ai pu que constater sa disparition. Antagoniste symbolique de Sailor Moon, elle ne devient ensuite qu’une senshi mineure qui traîne avec Chibi-Usa et se bagarre vaguement quand on a besoin d’elle. C'est… peu. Mais enfin. Cela signifie juste que le troisième arc restera mon préféré et que je continuerai toujours à le lire avec grand plaisir. 


À vrai dire, au début de cet article, je voulais simplement parler de la figurine Saturne que j’ai reçue il y a peu (merci encore, Angeline !), et je me suis quelque peu laissée emporter. Parlons de la figurine, donc.

Comme les autres de cette collection, elle arrive avec plusieurs types de mains et de visages. J’avoue que pour le moment je ne me suis pas beaucoup amusée à essayer différentes positions (oh, ça va hein), je rêvais surtout de la voir abattre son glaive (si, si).

Là, là !
Malheureusement je ne pouvais pas la mettre exactement dans cette pose-ci (les différents types de mains ne me le permettaient pas), pour autant je suis tout de même contente du résultat.


Tout comme la Vénus de Clafou-Chloé, elle possède quelques petits défauts de peinture (pas sur le visage ceci dit, heureusement), et j’ai repéré un défaut de moulage aussi, mais ce serait chipoter.


Maintenant j’ai un petit coin Saturne dans mon étagère à goodies. Et j’en suis tellement heureuse.
(Je suis soulagée aussi de réaliser que posséder l’une de ces figurines ne me donne pas envie de posséder les autres. Celle de Pluton, à la rigueur, pour former mon duo d’amour. Et de Neptune, car c’est à elle que je m’identifie le plus. Mais posséder Neptune sans Uranus ? Damn.)

Perfection, donc.

vendredi 19 septembre 2014

CLXXIX ~ Les Machines de l’Île


En attendant de trier mes photos du Japon (moi, lente ? Que nenni !), voici déjà celles de ma petite escapade nantaise, fin août. Nantes est une ville que je voulais visiter depuis que ma chère Nokturnal y avait passé une journée, voilà un peu moins d’un an. C’est par elle que j’ai découvert les Machines de l’Île, qui m’ont ravie pendant tout un après-midi.

L’île de Nantes, ancien bastion des chantiers navals, a été en grande partie réhabilitée par des artistes contemporains qui en ont fait leur terrain de jeux. La compagnie de théâtre toulousaine La Machine a investi certains hangars pour y mettre en scène leurs (délirantes !) inventions, énormes machines (tiens donc) aux inspirations animalières. 

Les espaces aménagés sont en perpétuelle mutation, en fonction des créations de la compagnie. En ce moment, elle présente les prémices de son futur arbre aux hérons, qui devrait être achevé autour de 2019, gigantesque sculpture d’acier et de métal qui accueillera fougères et plantes exotiques parmi lesquelles se cacheront de mystérieuses créatures…


… dont le héron, grand héros de ce projet. Les visiteurs pourront grimper dans les nacelles et profiter d'un petit tour en oiseau pour découvrir une vue aérienne de Nantes, de ses hangars et de son cœur historique…

Maquette de l’arbre, plutôt prometteuse !
Les bestioles que l’on y trouvera. La majeure partie d’entre elles sont prévues pour accueillir les visiteurs (je veux une araignée !).

La suite de mon excursion se déroula autour du carrousel des mondes marins, manège de trois étages sur le thème de l’imaginaire marin. De la surface aux abysses, des reproductions de petits bateaux bretons côtoient monstres aquatiques et crabes géants. J’ai grimpé à dos de poisson volant et de larve de crabe, que de souvenirs. 

(Si je le pouvais, je ferais de cette adorable coquille de noix mon moyen de transport par excellence.)

Crabe !
J’aime beaucoup ce parti-pris qui consiste à laisser quelques mécanismes apparents. On se croirait réellement dans un cabinet de curiosités mouvant et démesuré, ou dans un roman de Jules Verne (sinon dans les deux, voire même dans les deux en même temps. Voilà qui laisse songeur). C’est une esthétique qui me plaît beaucoup, quelque peu bizarre, proche de ce fantasme dix-neuvièmiste auquel je lie mon lolita. Je verrais bien des chats Ahcahcum se promener dans le coin, tiens. 

L’éléphant, sans doute la machine la plus connue de l’île.
La librairie est aussi très sympathique, avec pas mal de livres qui retracent l’histoire de la compagnie et des machines, croquis et belles photos à la clef. Pour le reste, je m’arrête ici hélas, ma batterie étant rapidement tombée à plat ce jour-là. Je finirai simplement en disant que je garde un très bon souvenir de mon excursion, qui s’est achevée par une balade dans le vieux Nantes jusqu’au château des ducs de Bretagne (où je suis arrivée 15 minutes avant la fermeture, autant dire que je n’en ai rien vu). J’ai visité quelques églises, aussi…

Je vous laisse avec le lien du site de La Machine, plein de belles choses (dont l’esprit du cheval dragon, entr’aperçu dans l’atelier et qui semble absolument superbe).

Et avec un bout de la basilique néogothique de Saint-Nicolas, histoire de.
Transparent White Star