mardi 16 décembre 2014

CXCIX ~ Ciel !

Dimanche, je suis allée chez Ciel, où j’ai beaucoup trop mangé mais où j’ai pensé à prendre quelques photos. Cela fait si longtemps que je parle de leurs merveilleuses pâtisseries que j’ai décidé de leur consacrer tout un billet.

Le principe de la boutique est assez sympathique : elle propose des parfums intemporels toute l’année (vanille, matcha, yuzu…), et des parfums en séries limitées (fleurs de cerisier au printemps, rose et pêche en été, figue en automne…). Les amateurs de pâtisserie nippone y retrouvent le cycle qui gouverne la ronde des mochi saisonniers, sans doute avec raison car Ciel est bien une pâtisserie japonaise. Sa spécialité n’est autre que l’angel cake très couru outre-Russie (?), sorte de génoise faite à base de blancs d’œufs, au goût très léger fourrée de crème ou encore de compote. 

J’ai goûté chacune de leur spécialité hivernale version 2014…

Angel cakes chai/chocolat à gauche, pistache/clémentine à droite.

Praliné/noisettes.

Marron/armagnac à gauche, fruits rouge à droite.

Leurs gâteaux sont vicieux car vraiment légers (et bons), et il m’est toujours difficile de me restreindre à un seul. Parmi ces 5 gâteaux, ma palme revient sans doute au chai, ou au marron/armagnac, ou… (sans doute devrai-je les goûter à nouveau pour me faire une idée définitive.)


Côté salé, voici une génoise neutre roulée fourrée au poulet teriyaki. La maison sert aussi un gâteau salé au basilic et à l’huile d’olive.

En ce qui concerne les boissons, Ciel propose des thés Jugetsudo (une maison japonaise implantée à Tōkyō ainsi qu’à Paris qui vend du vrai bon matcha), des jus de fruits Alain Milliat, et de très bons whiskys japonais. J’apprécie le concept du salon de thé/bar à gâteaux, ouvert tard dans la soirée pour qui souhaite goûter à 21 heures (du moins en fin de semaine).

Liqueur de yuzu à gauche et de prune à droite.

Pour ne rien gâcher, l’endroit est charmant, clair, lumineux et de taille modeste (ce qui certes peut également être un désavantage car rapidement complet, mieux vaut réserver pour être sûr de trouver une place). La vaisselle est de céramique simple, les couverts de bois… Toute en sérénité et en dépouillement, bien éloignée du design sans âme qui me met mal à l'aise, je trouve la décoration très réussie – fuyez, évidemment, si tout ce qui surfe sur le japonisme vous donne de l’urticaire.


Bref, je suis accro depuis de longs mois maintenant, mais je ne suis pas encore sûre de vouloir en guérir.


Pâtisserie Ciel
3, rue Monge 75005 Paris
Tel. 01 43 29 40 78
Du lundi au jeudi & dimanche 11h-20h
Vendredi & samedi 11h - 22h 

Et j’y vais un peu moins ces derniers temps, mais les éclairs de génie sont toujours aussi bons.

vendredi 12 décembre 2014

CXCVIII ~ Des livres et des fantômes sous la neige. (Prague, 2e partie)

Je l’avoue d’emblée car cela se verra très rapidement ici : à Prague, j’ai surtout visité des églises et des cimetières.

Mais pas que.
J’avoue également que je connus la plupart des bâtiments que je rêvais de voir là-bas par les Tumblr d’architecture baroque que je suis depuis plusieurs années. L’ossuaire du billet précédent compris. Et cette merveilleuse bibliothèque du monastère de Strahov également. Tumblr est un merveilleux outil culturel, combien de cinéastes (Zeman, Sokourov…), de musiciens (Cocteau Twins, Melody’s Echo Chamber…), etc. etc. ai-je pu découvrir depuis 5 ans (… déjà) par ce média !
(Bon, j’y ai perdu beaucoup de temps en babioles peu constructives également, mais qu’importe). 

Salle de philosophie. Plus haut : salle de théologie.
Quoi qu’il en soit ; mes photos ne rendent pas du tout justice à ces merveilles (problèmes récurrents de cadrage et de lumière, j’ai une nouvelle bête à dompter), mais je tenais absolument à les poster malgré tout. Le lieu est superbe, évidemment. Tant de noblesse dans ces vieux livres, et de pensées qui s’y gravèrent au fil du temps ! Leur présence illumina les astres ternes qui gravitent dans mes yeux ; je chéris toujours autant mes fulgurances enthousiastes. C’est important, l’enthousiasme. 

Une bible de Jan de Šelmberk, 1440
Dans les couloirs qui relient les deux salles sont exposés codex, animaux séchés, coques, carapaces et herbiers divers et variés ; mille curiosités se cachent derrière les vitres de ces lourdes armoires de bois. 


J’apprécie tellement ce côté studieux teinté d’une ombre lugubre, où la recherche et l’amour du savoir tout-puissant poussent à sécher méticuleusement des écorces de bois et à étudier les ailes des papillons, surtout dans une ville au passé alchimique aussi imposant que celui de Prague. J’imagine des savants déjà vieillis par les longues nuits d’expérimentations, aux mains calleuses, abîmées par le travail, mais aux prunelles toujours vives et lumineuses, se pencher sur une dent de narval et en apprécier le toucher, le poids… Bien sûr, nous nous trouvons ici dans un monastère, dès lors le fantasme du Vinci pragois a ses limites, mais qui sait… ! Sous les robes de bure se cachaient peut-être ces esprits scientifiques, avides et froids qui me fascinent autant. 

Enfin, quittons un peu cette atmosphère laborieuse pour les plaisirs simples de l’hiver. J’eus de la chance lors de mon dernier jour de voyage (oui, n’attendez pas de ces comptes-rendus une quelconque cohérence temporelle, j’en ai abandonné l'idée depuis longtemps) : une légère couche de neige recouvrait les pavés de la ville. 

Et donc, ses jardins.
Neige neige neige !
Le point fort de la matinée fut mon pèlerinage sur la tombe de Kafka, dans le nouveau cimetière juif. J’eus un peu de mal à la trouver, une fois devant je fus contente de voir qu’elle était bien entretenue. (Une demoiselle avait même déposé une épingle à cheveux. Quel tombeur, ce Franz.)

(Pas de photos de la fameuse tombe, je ne m’en suis pas sentie capable.)


Se promener dans un cimetière désert sous la neige, c’est tout de même fantastique. Et les tombes étaient superbes, mastodontes de marbre noir, sobres et majestueux.

Stalactites.
Du coup, après le cimetière nouveau, voici quelques images de l’ancien. L’endroit est connu pour ses tombes amassées les unes sur les autres par manque de place ; on y trouve aussi celle du rabbi Löw, père du légendaire golem de Prague, au 16e siècle…



(Plus d'églises dans le prochain billet, promis.)

lundi 8 décembre 2014

CXCVII ~ Kostnice v Sedlci


Bienvenue dans l’ossuaire de Sedlec, pour ce premier billet dédié à mon séjour en République tchèque ; son contenu, comme son nom le laisse entendre, n’est en rien macabre (en rien du tout du tout).

L’ossuaire se trouve à une centaine de kilomètres à l’est de Prague ; c’est en fait une paroisse de taille modeste accompagnée de son cimetière, rien d'extraordinaire donc vu de l’extérieur, mais la décoration de la chapelle, en revanche, laisse dans voix. L’origine de ce curieux monument remonte au treizième siècle, alors qu’un moine cistercien revint de pèlerinage avec une poignée de terre du Golgotha, transformant le petit cimetière en lieu sacré, promesse de salut et de résurrection. Une incroyable frénésie se serait emparée de certains fidèles, à tout prix désireux d’y reposer après leur mort. Près de 30 000 personnes y seront enterrées lors de la fameuse peste noire qui ravagea l’Europe au cœur du quatorzième siècle !

Ainsi, quatre cents ans plus tard, des artistes tchèques décidèrent d’honorer le caractère saint du lieu en transformant la chapelle en gigantesque vanité, façonnant guirlandes, chandeliers et autres ornements avec des restes de squelettes humains. L’œuvre, certes lugubre, symbolise l’absurdité de la suffisance des hommes, mais surtout la foi en la résurrection, foi vers laquelle toute la paroisse est orientée à travers la relique du Golgotha. Nos ossements, ô Créateur, T’appartiennent…





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(Ossuaire tchèque égale nécessairement requiem de Dvořák, cela me semble évident. Notons tout de même que cette version vient de la Philarmonique slovaque, ce qui m’amuse beaucoup, et a été mise en ligne par un certain Wolfgang A. Mozart, ce qui m’amuse tout autant.)
(Oui, on rit d’un rien, par ici.)

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(Cadrage hasardeux bonjour.)
Ce lustre est composé de tous les os qui constituent le corps humain. J’imagine les ombres fabuleuses qui en émanent sans doute alors que toutes ses bougies sont allumées, ou encore celles qui filtrent sous le rayon flamboyant d’une chaude soirée estivale… Il est possible d'ailleurs, durant la belle saison, de visiter l’ossuaire à la tombée de la nuit ; quelles belles images doivent alors se graver dans les esprits, bien plus prenantes encore que celles issues de cette plate et blanchâtre lumière de décembre (et pourtant, comme elles me laissèrent rêveuse, déjà !).


La visite ne peut laisser insensible les amateurs de mysticisme et d’art sépulcral ; dès lors, comment expliquer à quel point je fus comblée et émue… ?

lundi 24 novembre 2014

CXCVI ~ Mori Gyaru : la tasse de thé.

L’idée, après le calme de la forêt, était de revenir en douceur à la civilisation. Le meilleur remède dans ce cas, à mon sens, est de boire une tasse de thé. 

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Outfit rundown : robe-gilet Wonder Rocket, robe bis Innocent World, blouse Jane Marple, chaussures New Look et accessoires faits-main.

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Outfit rundown : robe, peignoir de dentelle, lunettes, gants et col de plumes vintage, boléro Innocent World, tote bag Grimoire, collants & chaussettes Calzédonia, chaussures Earth Music & Ecology, accessoires Victorian Maiden (pour les cheveux) et faits main.

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Mon idée à travers ces quelques tenues était de tester les variantes du mori, dans le fantasme de la forêt et dans la ville. Le paradoxe de la fille de la forêt est son inévitable aspect mode-Harajuku, d’où l’ultime tenue, qui n’a au fond pas grand chose de mori, sinon ses couleurs et ses matières (du coup je suis contente de la façon dont les deux dernières photos sont sorties, dans cet esprit street-snap typique des magazines nippons, mori compris). C’est aussi pour cela que j’ai voulu illustrer ce contraste par le thé, indissociable de la civilisation, mais prétexte pour la quitter un bref instant.

Si le sujet vous intéresse, vous pouvez lire mes vieilles divagations sur le sujet ici.

Et merci encore à Clothilde pour les photos !

EDIT : Rendons à Genghis ce qui appartient à Genghis, les lunettes ont été empruntées à l’Amy-cher-à-mon-cœur.  

samedi 22 novembre 2014

CXCV ~ Où l’on parle étoiles et chiffons.

[Mon précédent billet n’était pas du tout parti pour ressembler à ce à quoi il ressemble, il devait être une annonce suivi de quelques banalités, et… oups. Ici pour les banalités, donc.]

Depuis quelques jours, je reprends vaguement goût au lolita, mais c’est surtout parce que j’ai trouvé l’un de mes derniers imprimés rêvés en vente.

Pouet.
Je renonce définitivement à me mettre en quête de la robe à manches longues, déjà parce que je ne suis plus très sûre de me sentir vraiment à l’aise dedans, mais aussi parce qu'elle est devenue bien trop chère à la revente. Quand le rori dépasse les 1000 euros par pure spéculation, je refuse de rentrer dans le jeu, d’autant que la qualité est loin de les valoir.
Mais au moins, je pourrais porter mes nuages. Au milieu de mes délires floraux et après mes délires marins, j’ai des envies de lunes, d’étoiles, de zodiaque, et… de nuages. Peut-être parce que l’on approche de l’Adoration des Mages…? (ou pas).


Plus sérieusement…
Seb Janiak
J’arrive des années après la grande mode des imprimés galaxie (tant mieux, j’aime me démarquer, c’est mon petit côté attention whore), bien que de toute façon pareils imprimés ne soient pas ma tasse de thé, je les trouve trop évidents (dit celle qui possède une robe qui se nomme la Horoscope avec plein de constellations dessus).
[En revanche, je tombe en pleine mode Interstellar. Damn.]

Mon grand rêve vestimentaire de ces dernières semaines est en fait une tenue basée sur l’espace et les fleurs, comme une sorte de vanité (aka une nouvelle excuse pour porter des yeux et des crânes). J’aurais pu avoir le collier parfait pour cela, si Chronopost n’avait pas misérablement pas perdu mon colis.

Adieu.
Mais, au moins, je devrais avoir la robe idéale. 

Merci Grimoire.
Je pense la porter pour La Vie en rose (maintenant que j’ai pu acheter mon ticket). Entre les pseudo-débats sur le prix des places et le choix de lieu, partir sur la vanité me paraît tout à fait approprié. Enfin, j’ai encore le temps d’y réfléchir. 

Johannes van Loon, Illustration pour l’Harmonia Macrocosmica d’Andreas Cellarius, 1660.
*Imaginez des fleurs en guise d’Allégories, et tout ceci dans des couleurs un peu plus ternes.*

Espérons que mon engouement tout neuf ne fondra pas trop rapidement. Rien qu’aujourd’hui, j’ai reçu une sur-jupe Haenuli dont le tissu m’a franchement déçue. Mais j’essaie de rester positive ; je la transformerai à ma guise, voilà tout.

CXCIV ~ Kafka le Pragois

Je pars à Prague dans moins d’une semaine, et je le réalise à peine. La destination peut sembler moins exotique ou dépaysante que le Japon, mais dans mon esprit elle est tout autant symbolique. Elle me renvoie au lycée, à cette année de terminale où mes nuits duraient 16 heures et où l’écriture de Kafka m’a lentement redonné goût à la lumière du jour.

Ah, mes 15 ans. Je respirais la joie de vivre.
Dans ma petite existence, il existe clairement un avant et un après Kafka. J’imagine que cette découverte se noue étroitement à ce que l’on appelle grandir, si grandir signifie se prendre le néant de l’existence en pleine figure pour réapprendre à rêver ensuite. 
Certains m’ont dit qu’il leur paraissait curieux de chercher en Kafka un message d’espoir, mais en le lisant, toutes mes peines me paraissent légères, parce qu’il les a connues aussi. Ses quêtes étaient les miennes, tout comme ses désespoirs. Je possède toujours cette impression (vaniteuse) de le comprendre fondamentalement, de voir presque le monde avec ses yeux. Je viole son secret en le lisant, et il me semble que ceux qui le lisent et le comprennent violent le mien également.

« C’est à toi, est-il dit, rien qu’à toi, à toi, le pitoyable sujet, l’ombre infime que le Soleil Impérial a fait se terrer à l’autre bout du monde, c’est à toi justement que l’Empereur de son lit de mort, l’Empereur ! a envoyé un Message ! Il a fait s’agenouiller le Messager au chevet de son lit et lui a murmuré le Message à l’oreille. Il y attachait tant de prix qu’Il a ordonné au Messager de le lui répéter à l’oreille. D’un hochement de tête, Il a confirmé l’exactitude du Message, et devant tous ceux qui assistaient à sa mort – car on a abattu toutes les cloisons qui auraient gêné la vue des spectateurs et sur les courbes majestueuses des larges perrons montant jusqu’au ciel, les Grands de l’Empire se tiennent en cercle – en présence d’eux tous Il a dépêché le Messager. Aussitôt l’homme s’est mis en route, solide, infatigable. Il lance un bras, et puis l’autre, il se fraye un passage au travers de la foule. Au cas de résistance, il montre sur sa poitrine l’Insigne du Soleil. Aussi avance-t-il plus facilement qu’aucun autre. Mais quelle foule vit dans le palais ! Ses logements n’en finissent plus. Ah, s’il avait le champ libre, comme il volerait ! Et tu ne tarderais pas à entendre le bruit merveilleux de ses poings heurtant à ta porte. Mais au lieu de cela, quels vains efforts que les siens ! Il en est toujours à se frayer un passage dans les appartements privés au cœur même du Palais ; jamais il n’en sortira ! Et quand bien même y parviendrait-il, rien ne serait encore gagné ; de haute lutte il faudrait emporter la descente des escaliers ! Et quand bien même y parviendrait-il, rien ne serait encore gagné. Il faudrait franchir les cours, et après les cours un autre Palais entourant le premier, et encore des escaliers, et encore des cours, et encore un Palais, et ainsi de suite de millénaire en millénaire ! Et se précipiterait-il enfin hors de l’ultime porte – mais c’est à jamais impossible, à jamais ! –, alors la Ville Impériale commencerait juste à se dresser devant lui, le Nombril du Monde, et regorgeant du dépôt des siècles ! Ici nul ne passe plus, ni surtout le Message d’un Mort !... Mais toi, assis à ta fenêtre, tu rêves sans fin de ce Message, à la tombée du soir... »
Franz Kafka, « Message impérial », tiré de La Muraille de Chine.

C’est sans nul doute naïf, mais je pars à Prague pour marcher dans les rues qu’il a pu traverser il y a maintenant un siècle. Douce illusion ! Je me doute bien que cent ans déforment une ville. Mais je cherche un rien, un mur, une pierre, un fragment d’espace sur lequel il aurait posé la main et dont le message me parviendrait. Je m’attends à caresser un poteau et à fondre en larmes, comme pour le cœur de Chopin à Varsovie [Hana rentre dans l’église, pose le front sur la colonne où se trouve le cœur, fond en larmes, rit comme une hyène hystérique, et s’en va. Un grand bravo à Hana.]

J’avais griffonné, il y a longtemps, une sorte de lettre à Flaubert après avoir lu son Voyage en Orient. Je fus frappée par sa description d’un coucher de soleil à Tyr alors que quelques années auparavant, au Liban, j’avais eu le même spectacle sous les yeux. Sous sa plume surgissait ma propre vision, et je me sentis submergée par l’émotion. Je ne sais plus trop ce que contenait la lettre, une longue déclaration d’admiration vraisemblablement, qui se concluait par un vibrant : « et, ô déchirement de mon cœur, deux siècles nous séparent... ! ». Il est terrible d’avoir comme piliers de l’existence des squelettes creux, alors que l’on a tant besoin, parfois, d’un encouragement, d’une critique. Je me doute bien que Flaubert m’eût envoyé balader comme la dernière des bouseuses, mais tout de même…

J’aurais tant de choses à dire à Kafka, tant de choses à apprendre de lui. J’ai toujours son journal posé sur un coin d’étagère, que je n’ose pas ouvrir par peur de le violer encore plus. J’arrive trop tard. Je l’ai crié dans mes carnets, pendant des années. Je me trouve au centre d’une constellation de grands hommes, et on ne peut s’adresser aux étoiles. Et de toute façon, comment ma lumière, si fragile, presque inexistante, pourrait leur parvenir ?

Je vais à Prague pour recevoir un signe. Suspendue dans les airs, en extase, un fil doré attrape mon cœur et me guide là-bas (combien de fois ai-je fait ce curieux rêve ?). Je tremble comme si j’allais mourir, mais je pense pouvoir renaître ensuite. Inexplicable sensation. J’avoue que lorsque mes collègues me parlent marché de Noël et coût de la vie tchèque, je me sens presque vexée. Je ne veux pas que l’on me parle de ce voyage comme d’un voyage ordinaire, comme si mon expérience allait s’additionner à toutes celles de la masse innombrable d’êtres humains qui connaît la ville, alors que j’ai l’impression que je suis en train de jouer ma vie…! Ou alors ma vie équivaut-elle à une simple expérience touristique ? (C’est sans doute possible, au fond. Mais l’être humain croit toujours valoir plus que ce qu’il vaut réellement. Et il est tellement facile de répondre aux autres qu’ils ne comprendraient pas…).

Bref, moins d’une semaine à présent. Et j’alterne état de grâce et crises d’angoisse. Attendre jeudi, doux, doux calvaire !
Transparent White Star